Benjamin Védrines et Nicolas Jean au Jannu Est

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Description :

Le Jannu Est, culminant à 7468 mètres d’altitude au cœur de l’Himalaya, n’est pas une simple montagne. C’est un monolithe de granit et de glace qui hante l’imaginaire des alpinistes les plus chevronnés depuis des décennies. Pour comprendre l’ampleur du défi, il faut imaginer une muraille verticale dont le sommet semble hors d’atteinte, une face immense qui n’a encore jamais été gravie par l’homme. Cette année, Benjamin Védrines et Nicolas Jean se retrouvent à nouveau au pied de ce géant pour tenter l’impossible. Leur objectif est clair : ouvrir une voie directe et élégante sur cette face vierge, là où tant d’autres ont échoué.

Cette expédition s’inscrit dans une quête de pureté technique. L’an passé, le duo, accompagné de Léo Billon, avait dû se résoudre à faire demi-tour à mi-parcours. Les conditions météorologiques, marquées par un froid polaire et des vents violents, avaient rendu l’ascension suicidaire. Ce renoncement, bien que nécessaire pour leur survie, a laissé un goût d’inachevé. Aujourd’hui, forts de cette expérience passée, Benjamin et Nicolas reviennent avec une détermination décuplée et une connaissance plus fine du terrain. Ils savent que sur une telle montagne, la moindre erreur de jugement peut être fatale, mais l’appel du Jannu est trop fort pour rester sans réponse.

L’histoire de cette montagne est jalonnée de tentatives audacieuses, mais le Jannu Est conserve jalousement ses secrets. Contrairement au sommet principal du Jannu, déjà conquis par des voies légendaires, le sommet Est représente l’un des derniers grands problèmes de l’alpinisme moderne. Pour ces grimpeurs d’élite, il ne s’agit pas seulement d’atteindre le point le plus haut, mais de le faire avec un style irréprochable. L’engagement est total, car à cette altitude, le corps s’épuise deux fois plus vite et l’esprit doit rester d’une clarté absolue pour négocier des passages techniques en mixte et en glace vive.


Benjamin Védrines et l’histoire du Jannu

Pour Benjamin Védrines, le Jannu est bien plus qu’une ligne sur une carte ou un chiffre dans un carnet de courses. C’est une obsession esthétique. Il décrit souvent cette montagne comme l’une des plus belles et des plus effrayantes de la planète. L’histoire du Jannu, ou Kumbhakarna selon son nom local, est intimement liée à l’évolution de l’alpinisme de difficulté. Depuis les premières explorations françaises dans les années 60, la face nord du Jannu a acquis une réputation de “mur de la mort” ou de “forteresse imprenable”. Benjamin s’est plongé dans les récits des pionniers pour comprendre comment la psychologie des grimpeurs a évolué face à de tels obstacles.

Le Jannu Est, quant à lui, est resté dans l’ombre du sommet principal tout en étant techniquement plus complexe à aborder par certaines arêtes. Benjamin explique que ce qui l’attire, c’est justement ce côté inexploré. À une époque où presque tous les sommets de 8000 mètres sont devenus des autoroutes pour expéditions commerciales, le Jannu offre encore une expérience de solitude et d’incertitude. C’est le royaume de l’alpinisme de recherche. Pour lui, l’histoire ne s’écrit pas seulement en arrivant en haut, mais dans la manière dont on dialogue avec la paroi. Chaque mètre gagné est une conversation avec le vide et avec l’histoire de ceux qui ont osé regarder vers le haut avant eux.

L’aspect psychologique joue un rôle prépondérant dans le récit de Benjamin. Il évoque souvent la sensation de petitesse face à ces parois de 2000 mètres de haut. La verticalité du Jannu est écrasante. On n’y grimpe pas par hasard ; on y est invité par les conditions et par sa propre préparation mentale. Benjamin a passé des mois à étudier les photos haute résolution des faces pour déceler les lignes de faiblesse, les couloirs de glace éphémères et les zones de bivouac possibles. Cette préparation minutieuse est la marque de fabrique d’un alpinisme qui ne laisse rien au hasard, tout en acceptant la part d’imprévu inhérente à la haute altitude.


Les enjeux techniques du Jannu Est

Lorsqu’on discute avec Nicolas Jean et Benjamin Védrines au camp de base, on comprend vite que le Jannu Est impose des contraintes physiques hors normes. Le premier enjeu est celui de l’acclimatation. Pour fonctionner à 7000 mètres sans oxygène artificiel, les grimpeurs doivent passer des semaines à monter et descendre pour habituer leur organisme à la raréfaction de l’air. Le corps subit une dégradation lente mais constante. Nicolas souligne que la gestion de l’énergie est la clé du succès. Il ne faut pas “se brûler” avant d’avoir atteint la partie la plus technique de la paroi, qui se situe généralement dans les derniers 500 mètres.

Un autre défi majeur réside dans la nature même du rocher et de la glace au Jannu Est. On y trouve du granit compact qui demande une grande maîtrise de l’escalade artificielle ou du libre de haut niveau, souvent avec des gants et des crampons. Les températures peuvent chuter sous les -30°C, rendant le toucher du rocher douloureux et les manœuvres de cordes complexes. Nicolas explique que l’enjeu est de rester rapide. En alpinisme moderne, la vitesse est une forme de sécurité : moins on passe de temps exposé aux chutes de pierres ou d’avalanches, plus on a de chances de s’en sortir.

Le duo doit également composer avec l’isolement total. Au Jannu Est, il n’y a pas d’hélicoptère capable de venir vous chercher sur une vire à 7000 mètres en cas de problème. Ils sont en autonomie complète, transportant tout leur matériel, leur nourriture et leur gaz pour fondre la neige sur leur dos. Cette approche, appelée style alpin, est la plus exigeante. Elle demande une confiance mutuelle absolue entre les deux partenaires. Chaque décision, qu’il s’agisse de continuer malgré la fatigue ou de choisir un emplacement de bivouac précaire, est prise de manière collégiale, dans un silence souvent dicté par l’effort.


Le matériel indispensable pour le Jannu Est

Pour affronter une telle paroi, le choix de l’équipement ne supporte aucun compromis. Benjamin et Nicolas s’appuient sur des technologies de pointe tout en cherchant à minimiser le poids de chaque gramme emporté.

  • Piolets techniques : Des outils ergonomiques capables d’ancrer dans une glace de cascade très dure tout en permettant des crochetages sur le rocher.

  • Vêtements en duvet haute densité : Indispensables pour les bivouacs en paroi où le corps ne produit plus assez de chaleur pour se réchauffer seul.

  • Crampons monopointe : Pour une précision absolue sur les micro-prises de granit et les placages de glace fine.

  • Réchauds optimisés : À cette altitude, faire fondre de la neige pour s’hydrater prend un temps considérable ; l’efficacité thermique est vitale.

  • Cordes légères et robustes : Souvent des cordes à double pour permettre des rappels rapides en cas de retraite forcée.


Récit de la première ascension de l’Anidesh Chuli

Avant de se concentrer pleinement sur le Jannu Est, Benjamin et Nicolas ont réalisé une superbe performance en atteignant le sommet de l’Anidesh Chuli. Cette ascension a servi de préparation idéale, tant sur le plan physique que mental. L’Anidesh Chuli, bien que moins haut que le Jannu, offre des difficultés techniques similaires et permet de tester le matériel en conditions réelles. Le récit de cette première ascension est une ode à l’exploration. Ils ont dû tracer leur propre chemin sur une montagne vierge, interpréter les reliefs et faire face à des sections de glace imprévues.

Cette réussite a renforcé leur moral après l’échec de l’année précédente. Benjamin raconte comment, au sommet de l’Anidesh Chuli, ils ont pu observer la face du Jannu Est sous un nouvel angle, confirmant certaines de leurs intuitions sur la ligne à suivre. C’était un moment de pure grâce, où l’effort se transforme en contemplation. Mais cette victoire n’était qu’une étape, un échauffement nécessaire avant le “plat de résistance”. L’Anidesh Chuli leur a appris à gérer le froid et à affiner leur communication dans les moments de tension, des compétences essentielles pour la suite de leur périple népalais.

L’ascension de l’Anidesh Chuli a également permis de valider leur stratégie de progression légère. En se passant de cordes fixes et de camps pré-établis, ils ont prouvé que leur condition physique était au sommet. Nicolas insiste sur le fait que cette montagne leur a donné “le rythme”. En haute altitude, trouver la bonne cadence, celle qui permet de grimper des heures durant sans exploser cardiaquement, est un art. Ils reviennent de cette première partie d’expédition avec une confiance renouvelée, prêts à affronter les incertitudes du Jannu Est avec une sérénité que seule l’expérience du sommet peut apporter.


Logistique et vie au camp de base

La vie au camp de base du Jannu est une parenthèse étrange entre deux mondes. C’est ici que Benjamin et Nicolas passent leurs journées de repos à guetter la moindre fenêtre météo favorable. Le camp de base n’est pas seulement un lieu de ravitaillement, c’est un sanctuaire psychologique. Entre deux sessions de lecture et de préparation du matériel, les deux alpinistes échangent sur leurs doutes. Car le doute fait partie intégrante de l’expédition. Ils se demandent si le vent va se calmer, si la glace sera de bonne qualité, ou si leur corps va tenir le choc d’une ascension qui pourrait durer plusieurs jours consécutifs.

Grâce au soutien du Vieux Campeur, ils bénéficient d’un équipement qui leur permet de supporter l’attente dans des conditions décentes. Il faut savoir que l’ennui est l’un des ennemis les plus sournois en expédition. Maintenir une motivation intacte alors que l’on attend depuis dix jours que la tempête passe demande une grande force de caractère. Nicolas explique qu’ils utilisent ce temps pour visualiser la voie, repasser mentalement chaque mouvement technique et vérifier pour la centième fois l’inventaire de leurs sacs. Chaque gramme de nourriture est calculé pour offrir le maximum de calories pour un poids minimum.

La nutrition au camp de base est également cruciale pour reconstituer les réserves de glycogène. Ils mangent des plats locaux à base de riz et de lentilles (le célèbre Dal Bhat), complétés par des produits plus familiers apportés de France. C’est aussi un moment privilégié pour échanger avec l’équipe de soutien locale et les quelques autres alpinistes présents dans la région. Ces échanges humains, au milieu de ce désert de pierre et de glace, apportent une chaleur indispensable. Mais l’esprit reste tourné vers le haut, vers cette arête effilée qui se découpe dans le ciel bleu azur du Népal, attendant le moment propice pour l’assaut final.


Les motivations profondes du duo

Qu’est-ce qui pousse deux hommes à risquer leur vie sur une face nord de l’Himalaya ? Pour Benjamin Védrines et Nicolas Jean, la réponse n’est pas simple. Ce n’est ni la recherche de la gloire, ni une simple soif d’adrénaline. C’est une quête de connaissance de soi. En se confrontant à des environnements aussi hostiles, ils dépouillent leur existence de tout le superflu. En paroi, il n’y a plus de place pour les faux-semblants. On est réduit à son essence même : un être qui grimpe, qui respire et qui survit. Cette clarté d’esprit est ce que Benjamin recherche le plus, une forme de méditation active poussée à son paroxysme.

Nicolas, de son côté, évoque la beauté du geste technique. Réussir un passage difficile à plus de 7000 mètres, c’est atteindre une forme de maîtrise totale de son art. C’est la satisfaction du travail bien fait, dans le respect de la montagne. Ils ne parlent jamais de “vaincre” le Jannu, mais plutôt de se faufiler par une porte que la montagne voudra bien leur ouvrir. Cette humilité est fondamentale. Ils savent que la montagne aura toujours le dernier mot. Leur motivation est donc d’être prêts, physiquement et mentalement, à saisir l’opportunité quand elle se présentera.

L’aspect collectif de l’aventure est également un moteur puissant. Benjamin et Nicolas forment une cordée soudée par des années de pratique commune. Cette fraternité d’altitude est un lien indéfectible. Savoir que l’on peut compter sur l’autre pour assurer un relais précaire ou pour partager les dernières calories d’une barre énergétique crée une intimité rare. Le Jannu Est est le catalyseur de cette amitié. En partageant les doutes et les joies simples du camp de base, ils construisent un souvenir qui restera gravé bien au-delà de la réussite ou de l’échec de l’ascension.

FAQ sur l’expédition au Jannu Est

Pourquoi le Jannu Est est-il considéré comme si difficile ?

La difficulté du Jannu Est (7 468 m) réside dans sa face Nord, un mur vertical de 2 300 mètres de haut, souvent comparé à “deux faces Nord des Grandes Jorasses superposées”. L’altitude élevée, la technicité extrême du mixte (glace et rocher) et l’isolement géographique en font l’un des défis les plus redoutables de l’Himalaya. Longtemps resté vierge, ce sommet a résisté à de nombreuses tentatives d’élites mondiales pendant plus de 30 ans avant d’être vaincu.

Quelle est la différence entre le style alpin et les expéditions classiques ?

Le style alpin, pratiqué par Védrines et Jean lors de leur exploit d’octobre 2025, est la forme la plus pure de l’alpinisme :

  • Autonomie totale : Pas d’oxygène en bouteille, pas de porteurs de haute altitude, et aucune corde fixe installée au préalable.
  • Vitesse : Les grimpeurs montent d’une seule traite avec leur équipement complet (60 m de corde, bivouac léger) sur le dos.
  • Éthique : C’est une approche “légère” qui mise sur la rapidité pour limiter l’exposition aux risques, demandant une maîtrise technique absolue.
Quel a été l’exploit de Benjamin Védrines et Nicolas Jean en 2025 ?

En octobre 2025, le duo français a marqué l’histoire en réussissant la première ascension mondiale du Jannu Est. Après un échec en 2024 à 6 700 m, ils sont revenus pour gravir la face Nord en style alpin pur. L’ascension finale a duré quatre jours d’une intensité extrême, se terminant par une arête sommitale “mystique” sous un vent glacial. Benjamin Védrines a décrit cette réussite comme “l’ascension d’une vie”.

Quel est le rôle de Benjamin Védrines dans l’alpinisme actuel ?

En 2026, Benjamin Védrines s’est imposé comme l’un des alpinistes les plus complets et rapides de sa génération. Connu pour ses records de vitesse (K2 en 11h sans oxygène en 2024, record du Mont-Blanc en 4h54 en 2025), il allie une endurance de skyrunner à une technicité de guide de haute montagne. Il a récemment publié son livre “Solitude”, où il explore la charge mentale et la philosophie derrière ses exploits “lunaires”.

Pourquoi avoir choisi le Jannu Est plutôt que le sommet principal ?

Alors que le sommet principal (7 710 m) a déjà été gravi, le Jannu Est représentait l’un des derniers “grands problèmes” non résolus de l’Himalaya. Pour des alpinistes comme Védrines et Jean, l’attrait résidait dans l’exploration d’une face vierge. Ouvrir une voie nouvelle sur un sommet inviolé offre une dimension créative et une incertitude que la répétition d’itinéraires classiques ne peut égaler.

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