Description :
Trois alpinistes basques. Une montagne sacrée culminant à 8163 mètres. Aucun apport artificiel d’oxygène. L’expédition au Manaslu menée par Frédéric Arburua, Jakes Sallaberremborde et Maialen Berterreche en septembre 2021 nous plonge au cœur d’une aventure humaine et sportive hors du commun. Ce film documentaire d’1h33, produit par Bixoko et réalisé par Etxeko Prod, capture l’essence même de l’alpinisme d’altitude : la résilience, le dépassement de soi et la puissance des liens qui unissent une cordée face à l’immensité himalayenne.
Le Manaslu, surnommé la montagne de l’Esprit, constitue le huitième sommet le plus haut du monde. Moins médiatisé que l’Everest, il n’en demeure pas moins redoutable avec ses parois vertigineuses, ses chutes de séracs et ses conditions climatiques imprévisibles. Ce récit filmé nous transporte depuis le Pays Basque jusqu’aux confins du Népal, offrant un témoignage authentique de ce que signifie réellement gravir un géant de plus de 8000 mètres.
Le Manaslu : Une Montagne Chargée d’Histoire et de Défis
Le Manaslu s’élève majestueusement dans la chaîne du Mansiri Himal, au centre du Népal. Son nom provient du sanskrit “Manasa”, qui signifie “âme” ou “esprit”, reflétant la dimension spirituelle que les populations locales attribuent à ce massif imposant. Première ascension réussie en 1956 par une expédition japonaise, cette montagne attire désormais des alpinistes du monde entier, séduits par son caractère moins commercial que l’Everest tout en conservant une difficulté technique considérable.
La voie normale d’ascension passe par la face nord-est, traversant plusieurs camps d’altitude avant d’atteindre le sommet. Les conditions climatiques y sont particulièrement volatiles, avec des fenêtres météorologiques souvent courtes et imprévisibles. Le taux de réussite au sommet reste relativement bas, tandis que le ratio accidents mortels demeure significatif, principalement en raison des avalanches et du mal aigu des montagnes.
Ce qui rend l’expédition de Frédéric Arburua et son équipe encore plus remarquable, c’est leur choix d’évoluer sans oxygène artificiel. Cette approche puriste de l’alpinisme, pratiquée par seulement 10 à 15% des alpinistes sur les 8000, multiplie considérablement les difficultés physiologiques et mentales. Au-delà de 7500 mètres, dans ce qu’on appelle la “zone de la mort”, chaque mouvement devient un combat, chaque décision engage la survie.
Trois Alpinistes Basques Unis par la Passion de l’Altitude
L’histoire de cette expédition ne peut se raconter sans évoquer les personnalités exceptionnelles qui la composent. Frédéric Arburua avait déjà démontré sa détermination en 2018 lors de son ascension réussie du Cho Oyu (8201m), sixième plus haut sommet mondial. Cette première expérience himalayenne lui avait permis d’appréhender les exigences extrêmes de l’alpinisme d’altitude et de forger une préparation mentale à toute épreuve.
Jakes Sallaberremborde, son compagnon de cordée historique, incarne la fidélité et la confiance qui cimentent les grandes expéditions. Dans l’alpinisme de haute altitude, le choix de ses partenaires de cordée ne relève pas du hasard : c’est une question de survie. La connaissance mutuelle, la capacité à anticiper les réactions de l’autre et la communication non-verbale deviennent essentielles quand l’hypoxie altère les capacités cognitives.
Maialen Berterreche complète ce trio avec son expérience de sportive chevronnée. La présence féminine dans l’alpinisme extrême, longtemps marginalisée, s’affirme désormais comme une évidence. Les femmes alpinistes démontrent régulièrement qu’endurance mentale, résilience et capacité d’adaptation comptent bien plus que la puissance musculaire brute dans ces environnements hostiles 🏔️.
De l’Euskal Herria aux Contreforts du Népal
Le film “4ème de cordée” nous fait vivre l’intégralité de cette aventure, depuis les premiers préparatifs au Pays Basque jusqu’au retour après l’ascension. Cette dimension narrative transforme le documentaire en véritable récit humain, bien au-delà d’une simple compilation d’exploits sportifs. On découvre les doutes, les espoirs, les moments de découragement et les instants de grâce qui jalonnent une telle entreprise.
La préparation d’une expédition sur un 8000 mètres s’étale généralement sur plusieurs mois, voire années. Entraînement physique intensif, acclimatation progressive, gestion logistique, collecte de fonds… Chaque détail compte. Le budget d’une telle expédition oscille entre 30 000 et 60 000 euros par personne, incluant les permis d’ascension, les guides locaux, le matériel technique et l’équipement spécialisé.
Le voyage vers le camp de base constitue déjà une aventure en soi. Après l’arrivée à Katmandou, plusieurs jours de trek à travers les villages de moyenne montagne permettent une première phase d’acclimatation essentielle. Ces journées de marche offrent également l’opportunité de s’imprégner de la culture népalaise, de rencontrer les Sherpas qui accompagneront l’expédition et de préparer mentalement l’épreuve à venir.
L’Ascension : Entre Technique, Endurance et Psychologie
Une fois établi au camp de base, vers 4800 mètres d’altitude, commence la phase d’acclimatation progressive qui s’étendra sur plusieurs semaines. Le principe consiste à effectuer des rotations : monter à un camp supérieur, y passer une nuit, redescendre pour récupérer. Ce processus permet à l’organisme de produire davantage de globules rouges et d’améliorer le transport de l’oxygène dans le sang.
Les camps intermédiaires se succèdent :
- Camp 1 (environ 5700m) : première étape technique avec passages sur glacier
- Camp 2 (environ 6400m) : zone d’acclimatation cruciale avant l’assaut final
- Camp 3 (environ 6800m) : dernière étape avant le camp d’altitude
- Camp 4 (environ 7400m) : point de départ pour l’ascension finale vers le sommet
Chaque rotation demande plusieurs jours d’effort intense, suivis de phases de repos au camp de base. Cette alternance montée-descente éprouve physiquement et mentalement, mais reste indispensable pour maximiser les chances de réussite et minimiser les risques de mal aigu des montagnes (MAM), d’œdème pulmonaire ou cérébral.
Sans oxygène artificiel, les difficultés se multiplient. Au-delà de 7000 mètres, la pression partielle en oxygène représente moins d’un tiers de celle au niveau de la mer. Le rythme cardiaque s’accélère drastiquement, la respiration devient haletante même au repos, les facultés cognitives diminuent. Chaque geste requiert une concentration maximale, chaque décision peut avoir des conséquences vitales ⛰️.
Les Images Exceptionnelles d’une Production Soignée
L’un des atouts majeurs de ce film documentaire réside dans la qualité remarquable des images rapportées par le trio. Filmer en haute altitude constitue un défi technique considérable : batteries qui se déchargent rapidement avec le froid, équipements lourds à transporter, manipulation délicate avec des gants d’altitude, conditions lumineuses extrêmes entre éblouissement glaciaire et obscurité des ascensions nocturnes.
Etxeko Prod (Stéphane Etchegaray) a su orchestrer un montage qui alterne plans larges sur l’immensité himalayenne et séquences intimistes capturant les émotions des alpinistes. On ressent la solitude face à l’immensité, l’épuisement des longues journées d’effort, mais aussi la joie des petites victoires quotidiennes et la complicité qui unit la cordée.
La production Bixoko a fait le choix d’un format long (1h33), permettant de véritablement immerger le spectateur dans le quotidien de l’expédition. Contrairement aux formats courts qui ne montrent que les moments spectaculaires, ce film complet dévoile aussi les temps d’attente, les hésitations face aux conditions météorologiques, les instants de vulnérabilité qui humanisent ces athlètes d’exception ✨.
Un Témoignage Poignant de la Résilience Humaine
Au-delà de l’exploit sportif, “4ème de cordée” interroge notre rapport à la nature, aux limites et au dépassement de soi. Pourquoi prendre de tels risques ? Qu’est-ce qui pousse des êtres humains à affronter des conditions aussi extrêmes, où la mort rôde à chaque instant ?
Les réponses sont multiples et profondément personnelles. Pour certains, gravir un 8000 représente l’aboutissement d’une passion construite depuis l’enfance. Pour d’autres, c’est une quête de sens, une manière de se sentir pleinement vivant face à l’adversité. L’alpinisme d’altitude nous confronte à notre vulnérabilité fondamentale tout en révélant des ressources insoupçonnées de courage et de persévérance.
La dimension collective prend également une importance capitale. La cordée fonctionne comme un organisme unique où chaque membre dépend des autres. Cette interdépendance crée des liens d’une intensité rare, forgés dans l’épreuve et la confiance mutuelle absolue. Le film capture magnifiquement cette alchimie humaine, ces regards échangés qui valent tous les discours, ces gestes d’entraide qui sauvent littéralement des vies 🔥.
Face aux défis climatiques actuels, l’alpinisme himalayen se transforme également. Les glaciers reculent, les itinéraires traditionnels deviennent plus dangereux, les fenêtres météorologiques se modifient. Les alpinistes d’aujourd’hui sont témoins directs de ces bouleversements et en reviennent souvent avec une conscience écologique renforcée.
Où et Comment Découvrir Ce Film Inspirant
Ce documentaire exceptionnel mérite d’être vu sur grand écran pour apprécier pleinement la beauté vertigineuse des paysages himalayens. Les projections en salle, souvent suivies de rencontres avec les protagonistes, permettent d’enrichir l’expérience par des échanges directs et des anecdotes qui n’apparaissent pas au montage final.
Pour ceux qui souhaitent s’immerger dans l’univers de l’alpinisme d’altitude avant ou après le visionnage, de nombreuses ressources complémentaires existent. Les récits d’expédition, les ouvrages techniques sur l’acclimatation et la physiologie de l’altitude, les documentaires sur d’autres ascensions himalayennes constituent autant de portes d’entrée vers cet univers fascinant.
Le film s’inscrit dans une longue tradition de cinéma de montagne qui a produit des œuvres marquantes comme “Nanga Parbat”, “Meru” ou “Free Solo”. Chacun de ces documentaires apporte un éclairage unique sur les motivations et les réalités de l’alpinisme extrême, tout en interrogeant nos propres limites et aspirations.
FAQ : Vos Questions sur l’Expédition au Manaslu
Pourquoi gravir le Manaslu sans oxygène artificiel ?
Gravir le Manaslu sans oxygène artificiel représente l’approche la plus pure de l’alpinisme d’altitude. Cette pratique exige une préparation physique et mentale exceptionnelle et confronte l’alpiniste à des défis physiologiques extrêmes. Elle permet toutefois de vivre une expérience plus authentique, plus engagée, et de réduire l’impact écologique lié à l’utilisation et au transport des bouteilles d’oxygène. Pour certains, c’est aussi un défi personnel ultime, une manière de repousser leurs limites absolues.
Combien de temps dure une expédition complète sur un 8000 mètres ?
Une expédition sur un sommet comme le Manaslu dure en moyenne entre 6 et 8 semaines. Cette période comprend le trek d’approche jusqu’au camp de base, plusieurs rotations d’acclimatation entre les différents camps, de longues phases d’attente météo, et enfin la tentative de sommet. L’ascension finale elle-même dure généralement de 2 à 4 jours depuis le camp de base avancé.
Quels sont les principaux dangers rencontrés en haute altitude ?
Les risques majeurs incluent le mal aigu des montagnes et ses formes graves (œdème pulmonaire et œdème cérébral), les avalanches, les chutes de séracs, les crevasses glaciaires, les engelures, l’hypothermie et l’épuisement extrême. Sans oxygène artificiel, l’hypoxie accentue la fatigue et augmente fortement le risque de baisse de lucidité et de mauvaises décisions.
Comment se prépare-t-on physiquement pour une telle ascension ?
La préparation débute plusieurs mois, voire années, à l’avance. Elle combine un entraînement d’endurance cardiovasculaire intensif, du renforcement musculaire ciblé, des sorties longues en montagne avec port de charges lourdes, et un travail mental approfondi. De nombreux alpinistes réalisent aussi des ascensions préparatoires sur des sommets de 6000 à 7000 mètres afin de tester leur capacité d’acclimatation, leur stratégie et leur matériel avant de s’attaquer à un 8000.

