Description :
À la conquête du dernier géant vierge
Perdu au cœur du Karakoram pakistanais, entre glaciers chaotiques et murailles de granite et de glace, se dresse un sommet longtemps resté hors d’atteinte : le Link Sar, culminant à 7 041 mètres. Pour de nombreux alpinistes, il représente l’un des ultimes défis de l’Himalayisme moderne, souvent décrit comme le dernier grand sommet vierge du Karakoram.
Depuis 1970, le Link Sar a résisté à neuf tentatives d’ascension, repoussant systématiquement les alpinistes les plus aguerris. Avalanches, instabilité de la glace, conditions météorologiques extrêmes et itinéraires d’une complexité redoutable ont forgé sa réputation. Chaque expédition est revenue avec la même conclusion : le Link Sar ne se laisse pas approcher facilement.
Parmi ces tentatives figure celle, marquante, de 2017, menée par Graham Zimmerman, Steve Swenson et Mark Richey — trois noms emblématiques de l’alpinisme engagé. Une tentative ambitieuse, techniquement solide, mais qui se heurta une fois encore à la réalité impitoyable du Karakoram.
Le Karakoram : un royaume hostile
Le Karakoram n’est pas une chaîne de montagnes ordinaire. Plus sauvage que l’Himalaya, plus abrupte, plus imprévisible, elle impose une humilité constante. Ici, les sommets de plus de 7 000 mètres ne sont pas de simples chiffres sur une carte : ce sont des forteresses.
Le Link Sar, situé dans la région reculée de la vallée de Charakusa, incarne parfaitement cette brutalité. Son accès est long, complexe, et son approche déjà dangereuse. Les glaciers sont crevassés, les séracs instables, et les parois, exposées aux chutes de glace et de pierres, laissent peu de marges d’erreur.
Contrairement à d’autres grands sommets, le Link Sar ne possède pas de voie « évidente ». Chaque tentative nécessite de tracer une ligne dans un terrain vierge, sans certitude sur la qualité du rocher ou de la glace, ni sur la faisabilité réelle de l’itinéraire.
2017 : une première bataille perdue
En 2017, Zimmerman, Swenson et Richey s’attaquent au Link Sar avec une approche alpine moderne : légère, rapide, sans oxygène, fidèle à l’éthique du style alpin. Leur objectif est clair : ouvrir une voie élégante et directe sur un sommet jamais gravi.
Mais le Karakoram impose ses règles. Après des jours d’efforts dans un terrain extrêmement instable, l’équipe se heurte à des conditions dangereuses : avalanches fréquentes, chutes de glace imprévisibles et météo capricieuse. La montagne semble refuser toute progression durable.
La décision de faire demi-tour n’est jamais facile, surtout après des semaines d’engagement physique et mental. Pourtant, en haute montagne, savoir renoncer est souvent la seule manière de survivre. Le Link Sar reste invaincu.
2019 : le retour, plus déterminé que jamais
Deux ans plus tard, en 2019, l’équipe revient. Cette fois, elle est renforcée et revigorée, forte de l’expérience acquise lors de la tentative précédente. Les erreurs ont été analysées, les itinéraires repensés, les stratégies affinées. Le lien avec la montagne est déjà là — un mélange de respect, de frustration et d’attirance irrésistible.
Leur motivation dépasse désormais la simple réussite sportive. Il s’agit d’un dialogue avec la montagne, d’une quête personnelle et collective. Le Link Sar n’est plus seulement un sommet à gravir, mais une énigme à résoudre.
Dès l’approche, les difficultés se confirment. Les glaciers ont changé, les lignes envisagées en 2017 ne sont plus forcément praticables. Chaque jour impose des décisions critiques. Chaque mètre gagné se paie au prix fort.
Entre espoir et lucidité
À plus de 6 000 mètres, dans un univers de glace et de silence, l’équipe évolue constamment sur le fil. Le froid est mordant, l’oxygène rare, la fatigue omniprésente. Les nuits sont courtes, les corps usés, mais l’esprit reste combatif.
Pourtant, le Link Sar continue de défendre son statut. Les conditions ne permettent pas une progression sûre jusqu’au sommet. Une fois encore, la montagne rappelle qu’elle décide toujours en dernier ressort.
Le retour est amer, mais pas vain. Chaque tentative enrichit la connaissance du massif, chaque échec nourrit l’expérience humaine et alpine.
Le Link Sar : une victoire au-delà du sommet
Si le Link Sar est longtemps resté invaincu, c’est précisément ce qui en fait un symbole. À une époque où de nombreux sommets sont équipés, cartographiés et fréquentés, il incarne l’esprit originel de l’alpinisme : exploration, incertitude, engagement total.
L’histoire de ces tentatives, et notamment celle de l’équipe Zimmerman–Swenson–Richey, rappelle que la réussite ne se mesure pas uniquement à l’atteinte d’un sommet. Elle se trouve aussi dans la fidélité à une éthique, dans la capacité à écouter la montagne et à revenir vivant.
Aujourd’hui encore, le Link Sar continue de fasciner. Peut-être qu’un jour, une cordée parviendra à en fouler le sommet. Mais quoi qu’il arrive, sa légende est déjà écrite — celle d’un géant du Karakoram qui refuse la facilité et récompense seulement la persévérance, l’humilité et le respect.
Le Link Sar n’est pas seulement une montagne. C’est un rappel brutal et magnifique de ce que signifie réellement l’aventure.
Tags
Laissez un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.


Impressionnant, j’ai regardé le début mais je mets ça dans mes favoris dans mon navigateur
Salut Gojo,
Tu as aussi la possibilité de cliquer sur les … en bas de la vidéo. Puis sur l’icône “horloge” pour “mettre en favoris” les vidéos que tu souhaites regarder plus tard 🙂
merci outwild