Description :
Il existe des montagnes qui vous testent physiquement. D’autres qui vous défient mentalement. Et puis il y a Aconcagua, le géant des Amériques, qui fait les deux à la fois. En janvier 2025, j’ai gravi ce sommet mythique de 6 962 mètres d’altitude, le plus haut en dehors de l’Asie, par un itinéraire exigeant : la 360 Route, aussi appelée Polish Glacier Traverse. Cette ascension a été, sans conteste, la plus difficile de ma vie.
Ce parcours contourne littéralement la montagne : montée par le versant est via la vallée Vacas, puis descente par la voie normale côté ouest. Entre les deux, des jours de portage en autonomie totale, des nuits glaciales au-delà de 6 000 mètres, et une confrontation permanente avec l’altitude, le vent et mes propres limites. Voici le récit brut de cette aventure qui m’a marqué à jamais 🏔️.
Premiers pas dans la vallée Vacas
L’aventure a démarré à Punta de Vacas, point de départ situé à environ 2 400 mètres d’altitude. J’ai opté pour un support logistique via AMG, avec des mules pour transporter une partie de mon matériel durant les trois premiers jours. Cette phase initiale traverse des paysages arides typiques de la cordillère des Andes : des étendues désertiques où la végétation se fait rare, ponctuées de rivières glaciaires tumultueuses.
Le premier jour m’a mené jusqu’à Pampa de Leñas, une vaste plaine venteuse où quelques refuges spartiates accueillent les alpinistes. Le deuxième jour, direction Casa de Piedra (Maison de Pierre), un campement naturel protégé par de gros rochers. L’ambiance y est rude mais authentique, loin du confort touristique. Chaque étape représentait entre 4 et 6 heures de marche, suffisamment pour sentir les jambes chauffer sans épuiser les réserves.
Le troisième jour, arrivée à Plaza Argentina Base Camp, situé à 4 200 mètres. Ce camp de base côté est est beaucoup moins fréquenté que son homologue Plaza de Mulas. L’atmosphère y est plus sauvage, plus isolée. On y croise principalement des grimpeurs expérimentés venus tenter la Polish Glacier ou d’autres voies techniques 🏕️.
Acclimatation et préparation mentale
À Plaza Argentina, j’ai passé plusieurs nuits cruciales pour m’acclimater à l’altitude. Cette phase n’est jamais agréable : maux de tête lancinants, sommeil perturbé, appétit capricieux. Mais elle est absolument indispensable pour espérer atteindre le sommet. Le corps doit produire davantage de globules rouges pour compenser la raréfaction de l’oxygène.
Durant cette période, j’ai finalisé mes préparatifs. Au-dessus de ce camp, j’allais évoluer en totale autonomie, sans support extérieur. Cela signifiait transporter nourriture, équipement de bivouac, vêtements techniques, matériel de sécurité et surtout mon équipement photo et vidéo complet. Au total, près de 45 kilogrammes à porter sur le dos. Un poids considérable qui allait transformer chaque montée en véritable calvaire.
Face à cette réalité, j’ai dû adopter une stratégie de rotation de charges : monter une partie du matériel jusqu’au camp suivant, redescendre dormir plus bas, puis remonter avec le reste. Cette technique prolonge l’ascension mais optimise l’acclimatation tout en rendant le portage gérable. Mentalement, c’est frustrant de parcourir deux fois le même chemin. Physiquement, c’est épuisant. Mais c’était la seule option viable.
L’ascension vers les camps d’altitude
Camp 1 à 4 959 mètres
Première étape sérieuse : Camp 1, perché à 4 959 mètres. Le sentier devient plus technique, serpentant entre éboulis et moraines glaciaires. Le poids du sac transforme chaque pas en effort conscient. J’ai passé une nuit à ce camp, dans ma tente secoué par des vents violents qui n’ont cessé de rugir toute la nuit. Impossible de vraiment dormir. On somnole par intervalles, réveillé par les rafales qui claquent contre la toile comme des coups de fouet.
Camp 2 (Guanacos) à 5 500 mètres
La montée vers Camp 2, aussi appelé Guanacos Camp à 5 500 mètres, représente un palier décisif. Ici, l’altitude commence à se faire réellement sentir. Chaque mouvement demande une concentration particulière. La respiration devient un exercice à part entière : inspirer profondément, expirer lentement, avancer de quelques pas, recommencer ✨.
J’ai passé deux nuits à Guanacos pour renforcer mon acclimatation. Ces journées d’attente sont étranges. Le temps semble suspendu. On observe les nuages, on écoute le silence minéral, on gère ses ressources en nourriture et en eau. Faire fondre de la neige pour s’hydrater devient une tâche quotidienne fastidieuse mais vitale. À cette altitude, la déshydratation guette en permanence.
Les températures nocturnes plongent largement en dessous de zéro. Mon sac de couchage extrême froid est devenu mon meilleur allié. Les nuits sont longues, inconfortables, mais nécessaires. Le corps travaille en continu pour s’adapter, même au repos.
Camp Colera à 6 000 mètres
Dernière étape avant l’assaut final : Camp Colera à 6 000 mètres. À ce stade, on entre dans ce que les alpinistes appellent la zone de mort, où le corps humain ne peut plus s’acclimater et commence à se dégrader lentement. Chaque heure passée au-dessus de cette altitude vous affaiblit un peu plus.
J’ai installé ma tente dans un emplacement précaire, sur une plateforme de neige tassée que j’ai dû aménager moi-même. Le vent soufflait si fort que j’ai cru plusieurs fois que la tente allait s’envoler malgré les sardines enfoncées dans la glace. Cette nuit-là, j’ai dormi tout habillé, avec mes chaussures d’altitude aux pieds, prêt pour le départ aux aurores 🔥.
Le jour du sommet
Le réveil a sonné vers 3 heures du matin. Dehors, un froid glacial et un ciel étoilé prometteur. J’ai forcé quelques bouchées d’un petit-déjeuner lyophilisé, rempli mes bouteilles thermos de liquide chaud, et je suis parti dans la nuit avec ma frontale.
L’ascension finale vers les 6 962 mètres du sommet d’Aconcagua est un combat permanent. À cette altitude, l’oxygène est si rare que chaque pas nécessite trois ou quatre respirations. On avance au ralenti, comme dans un film passé en slow motion. Les jambes pèsent des tonnes. Le cerveau fonctionne au ralenti. Seule la volonté vous pousse à continuer.
La Polish Glacier elle-même présente des passages techniques sur glace et neige dure, nécessitant crampons et piolet. Rien d’insurmontable techniquement, mais l’altitude transforme chaque geste simple en défi monumental. Changer de direction demande une concentration immense. S’arrêter pour boire ou prendre une photo devient une opération complexe.
Vers 10 heures du matin, après plus de 7 heures d’effort, j’ai finalement posé le pied sur le sommet d’Aconcagua. La vue est à couper le souffle : un océan de pics enneigés s’étend à 360 degrés, avec le Chili d’un côté et l’Argentine de l’autre. Mais la satisfaction est mélangée à l’épuisement total. À cette altitude, rester longtemps est dangereux. J’ai filmé quelques images, pris des photos, puis j’ai entamé la descente.
La descente par la voie normale
Redescendre représente souvent le moment le plus périlleux. La fatigue accumulée augmente les risques de chute ou d’erreur de jugement. J’ai rejoint la voie normale côté ouest, l’itinéraire classique emprunté par la majorité des alpinistes. Contrairement à la montée solitaire, je croisais désormais de nombreux grimpeurs en montée vers leur propre sommet.
La descente m’a mené à Plaza de Mulas, le camp de base occidental. Ce camp est immense, avec des infrastructures bien développées : tentes-refuges, cuisine commune, service médical. C’est le deuxième plus grand camp de base au monde après celui de l’Everest. Le contraste avec la solitude des derniers jours était saisissant.
J’y ai passé plusieurs jours de récupération. Mon corps avait besoin de temps pour se régénérer. Les muscles étaient douloureux, le visage brûlé par le soleil et le vent d’altitude, mais j’étais vivant et intact 🌍.
Retour vers la vallée et Plaza Francia
Le retour vers la civilisation s’est effectué via Camp Confluencia, un camp intermédiaire dans la vallée d’Horcones. Retrouver progressivement l’oxygène et la chaleur était un soulagement immense. Chaque centaine de mètres de dénivelé négatif me redonnait de l’énergie.
Avant de quitter définitivement la région, j’ai fait un détour par Plaza Francia, un point de vue spectaculaire offrant une perspective dramatique sur la face sud d’Aconcagua. Cette paroi verticale de 3 000 mètres est considérée comme l’une des plus belles et dangereuses du continent. Observer cette muraille de glace et de roche depuis la vallée permet de mesurer l’ampleur de la montagne et la chance d’en avoir atteint le sommet.
Pourquoi Aconcagua fut ma montagne la plus dure
Plusieurs facteurs ont fait de cette ascension un défi exceptionnel :
- L’altitude extrême : près de 7 000 mètres reste une altitude où le corps humain souffre intensément
- L’autonomie totale : porter 45 kg au-dessus de 5 000 mètres multiplie la difficulté par dix
- Les conditions météo : vents violents et températures glaciales testent l’équipement et le mental
- La longueur du parcours : plusieurs semaines en montagne usent progressivement les réserves physiques et psychologiques
- Le poids du matériel photo : filmer et documenter l’ascension ajoutait une charge technique et mentale considérable
Cette expérience m’a transformé. Elle m’a appris que les limites qu’on s’impose sont souvent mentales avant d’être physiques. Que la montagne ne pardonne pas l’arrogance mais respecte la détermination. Qu’il n’y a pas de sommet qui vaille une vie, mais que certains objectifs méritent qu’on se dépasse totalement.
FAQ : Vos questions sur l’ascension de l’Aconcagua
Quelle est la meilleure période pour grimper l’Aconcagua ?
La saison idéale s’étend de décembre à février, durant l’été austral. Janvier offre généralement les conditions les plus stables, avec des températures légèrement moins extrêmes et une météo plus prévisible, ce qui en fait le mois le plus populaire.
Faut-il un permis pour gravir l’Aconcagua ?
Oui, un permis officiel délivré par le parc provincial de l’Aconcagua est obligatoire pour toute tentative d’ascension. Les tarifs varient selon la saison et la nationalité. Il est fortement conseillé de réserver plusieurs mois à l’avance, en particulier pour la haute saison.
Quel niveau technique faut-il pour la voie normale ?
La voie normale est considérée comme non technique et ne requiert pas de compétences d’alpinisme avancées (pas d’escalade technique). En revanche, l’altitude extrême (6 962 m) en fait un défi majeur qui demande une excellente condition physique, une très bonne acclimatation et une expérience préalable en haute montagne.
Combien de temps dure une ascension de l’Aconcagua ?
Une expédition complète dure généralement entre 18 et 22 jours. Ce délai inclut l’approche, les phases d’acclimatation, les rotations de charges, la tentative de sommet et le retour. Les jours de repos sont indispensables pour maximiser les chances de réussite et limiter les risques liés à l’altitude.

