Interview de Tiphaine Duperier, experte en ski de pente raide en haute altitude

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Description :

L’art du ski de pente raide en haute altitude, loin des projecteurs

Il est probable que vous n’ayez jamais entendu parler de Tiphaine Duperier. Et pourtant, son nom figure discrètement derrière certaines des plus grandes premières à ski jamais réalisées en très haute montagne. Aux côtés de son compagnon de cordée Boris Langenstein, elle a repoussé les limites du ski de pente raide à des altitudes où chaque virage devient un acte de lucidité extrême.

Loin des réseaux sociaux, des sponsors omniprésents et du bruit médiatique, ce duo cultive une approche presque ascétique de l’alpinisme et du ski. Une discrétion qui contraste avec l’ampleur de leurs réalisations : en 2017, ils sont les premiers à skier le Laila Peak au Pakistan, sans doute l’une des faces les plus esthétiques et engagées de la planète. Les années suivantes, ils s’attaquent à des descentes mythiques à plus de 8 000 mètres, notamment au Nanga Parbat et au Gasherbrum II.

À mesure que leurs expéditions s’enchaînent, leur aura devient presque mystique. Qui est donc cette skieuse de l’extrême, capable d’évoluer là où l’oxygène se raréfie et où l’erreur n’existe pas ? Nous avons rencontré Tiphaine Duperier pour une interview rare, à l’image de son parcours.


« La haute altitude impose l’humilité »

Tiphaine, comment es-tu arrivée au ski de pente raide en haute altitude ?
Je ne crois pas qu’il y ait eu un déclic précis. J’ai grandi en montagne, avec le ski comme langage naturel. Très vite, j’ai été attirée par les lignes raides, les itinéraires peu fréquentés, là où l’engagement est total. La haute altitude est venue plus tard, presque naturellement, par goût de l’aventure et de l’inconnu.

Qu’est-ce qui change lorsqu’on skie au-dessus de 8 000 mètres ?
Tout. Absolument tout. Le corps fonctionne au ralenti, le cerveau aussi. Chaque mouvement demande une concentration extrême. La pente raide ne pardonne déjà pas à basse altitude, alors là-haut, la moindre erreur peut être fatale. Il faut accepter d’être plus lent, plus fragile. La haute altitude impose une forme d’humilité radicale.


Le Laila Peak : une ligne de rêve devenue réalité

En 2017, Tiphaine et Boris entrent dans l’histoire en skiant le Laila Peak, montagne iconique du Karakoram. Une pyramide parfaite, longtemps fantasmée par les alpinistes et skieurs du monde entier.

Que représente le Laila Peak pour toi ?
C’est une montagne presque irréelle. Quand on la voit pour la première fois, on a du mal à croire qu’elle existe vraiment. La skier était un rêve, mais aussi une immense responsabilité. Nous savions que la ligne était exceptionnelle, mais aussi extrêmement engagée. Ce jour-là, tout s’est aligné : les conditions, notre état physique, notre lucidité.

Était-ce plus une performance ou une expérience esthétique ?
Clairement une expérience esthétique. Le ski de pente raide, surtout en haute altitude, n’est pas une quête de performance. C’est une recherche d’harmonie avec la montagne, une façon de tracer une ligne qui a du sens, qui respecte le lieu.


Un duo soudé par la confiance

Depuis des années, Tiphaine évolue en binôme avec Boris Langenstein, alpiniste, photographe et compagnon de vie.

Qu’est-ce qui rend votre duo si solide ?
La confiance absolue. En haute altitude, on ne peut rien tricher. Il faut être capable de dire quand ça ne va pas, quand il faut renoncer. Boris a une capacité incroyable à rester lucide, même dans des situations très engagées. Et puis nous partageons la même vision : l’aventure avant la reconnaissance.

Pourquoi ce choix de rester loin des médias et des sponsors ?
Ce n’est pas un rejet, mais un équilibre. Nous voulons rester libres dans nos choix, dans nos projets. La médiatisation peut parfois créer une pression qui n’a pas sa place là-haut. Nos expéditions sont d’abord des expériences humaines et intimes.


Skier l’extrême sans jamais banaliser le risque

Comment gère-t-on le risque dans des environnements aussi hostiles ?
On ne le maîtrise jamais totalement. On l’accepte. La clé, c’est la préparation : physique, mentale, technique. Et surtout, la capacité à renoncer. Beaucoup de nos expéditions se terminent sans sommet ni descente. Et ce sont souvent celles qui nous apprennent le plus.

As-tu peur ?
Oui. Et heureusement. La peur est une alliée précieuse. Elle nous maintient vigilants. Le jour où je n’aurai plus peur, j’arrêterai.


Une aventure à retrouver dans Montagne en Scène

Cette interview de Tiphaine Duperier est également à retrouver, illustrée par les magnifiques photos de Boris Langenstein, dans le livre Montagne en Scène, 10 ans d’aventures sur les plus belles montagnes du monde, que nous venons de publier aux éditions Glénat.

Ce livre retrace une décennie d’explorations, de lignes audacieuses et de montagnes mythiques, à travers des images puissantes et des récits sincères, loin du sensationnalisme.

📖 Montagne en Scène est disponible :

  • en librairie,

  • lors des différentes projections de Montagne en Scène, partout en France.

Une invitation à découvrir une autre vision de la montagne : plus silencieuse, plus engagée, et profondément humaine.

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