Ascension de la directissime de la Walker avec Charles Dubouloz

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Description :

Nichée au cœur de la forêt de Fontainebleau, la clairière du Bas Cuvier a ce parfum unique des lieux mythiques. Les pins filtrent une lumière dorée, le sable crisse sous les chaussons, et les blocs—polis par des générations de grimpeurs—racontent une histoire faite de persévérance, d’échecs et de petites victoires. C’est ici que nous avons retrouvé Charles Dubouloz pour une journée pas comme les autres : relever le défi d’enchaîner une sélection de blocs allant de 3+ à 7c, et surtout prendre le temps d’échanger avec l’un des alpinistes français les plus marquants de sa génération.

Entre deux essais, l’occasion était parfaite pour revenir sur son ascension de la directissime de la Walker, performance vertigineuse mise en lumière dans le film Deepfreeze, actuellement en tournée dans le cadre de la Summer Edition de Montagne en Scène. Mais au-delà de l’exploit, cette journée fut surtout un moment d’échange sincère sur une carrière, une philosophie du risque, et cette capacité rare à savoir dire stop.


Bas Cuvier, l’école de l’humilité

Démarrer la journée par des blocs de 3+ pourrait sembler anodin pour un alpiniste habitué aux faces nord et aux conditions extrêmes. Pourtant, Charles aborde chaque passage avec le même sérieux. « Fontainebleau, c’est une école de précision, explique-t-il. Ici, tu ne triches pas. Si le pied n’est pas exactement au bon endroit, ça ne passe pas. »

Le contraste est frappant : quelques heures plus tôt, il évoquait des bivouacs suspendus, des températures négatives et des décisions vitales prises dans l’urgence. Ici, au Bas Cuvier, tout semble plus doux, mais la difficulté est bien réelle. Les blocs s’enchaînent, du jaune classique aux circuits plus engagés, jusqu’aux passages autour de 7c où la lecture, la coordination et la peau deviennent des facteurs décisifs.

« Le bloc me ramène à quelque chose de très pur, confie Charles entre deux essais. C’est immédiat. Tu sais tout de suite si tu es dedans ou pas. »


De Fontainebleau à la face nord des Grandes Jorasses

Impossible de passer à côté de la directissime de la Walker, cette ligne mythique des Grandes Jorasses que Charles a gravie en conditions hivernales. Une ascension engagée, exigeante, qui a marqué les esprits et que Deepfreeze restitue avec une intensité saisissante.

« La Walker, c’est un rêve d’alpiniste, mais aussi un énorme poids symbolique, raconte-t-il. Tu sais que tu t’inscris dans une histoire, que d’autres avant toi ont tout donné là-dedans. »

Dans le film, on découvre autant la performance physique que la dimension mentale : le froid qui engourdit, la fatigue qui brouille le jugement, et cette nécessité permanente d’évaluer la situation. « À ce niveau d’engagement, le plus dur n’est pas toujours de grimper, mais de rester lucide. »


Le risque : ni bravade, ni abstraction

Au fil de la discussion, un thème revient sans cesse : le rapport au risque. Loin des discours héroïques ou de la recherche du sensationnel, Charles parle avec une grande sobriété.

« Le risque fait partie du jeu, mais il ne doit jamais devenir un objectif. Ce qui m’intéresse, c’est le mouvement, la ligne, l’engagement juste. Si tu ne te poses pas la question du stop, alors tu prends de mauvaises décisions. »

Cette capacité à renoncer, à redescendre, à accepter que ce ne soit pas le bon jour, est pour lui une forme de maturité. « Dire stop, ce n’est pas échouer. C’est souvent la décision la plus difficile, et parfois la plus courageuse. »

Un message qui résonne étrangement bien entre les blocs du Bas Cuvier, où l’on apprend très tôt que l’ego n’a pas sa place. Un pas de travers, et le sable te rappelle à l’ordre.


Une carrière guidée par le sens

Quand on l’interroge sur la suite, Charles Dubouloz ne parle ni de palmarès ni de records. Il évoque plutôt l’envie de continuer à explorer, de choisir des projets qui ont du sens, et de préserver ce plaisir brut qui l’a mené de la falaise à la haute montagne.

« Je veux rester aligné avec ce que je fais. Que ce soit un bloc à Bleau ou une grande face alpine, l’important, c’est la cohérence. »


Une fin de journée, entre sable et silence

Alors que le soleil décline sur la forêt de Fontainebleau, la journée touche à sa fin. Les derniers essais laissent place aux discussions tranquilles, assis sur les crash pads. Le défi des blocs, de 3+ à 7c, est relevé, mais l’essentiel est ailleurs.

Cette journée au Bas Cuvier avec Charles Dubouloz rappelle une chose fondamentale : les plus grandes ascensions prennent souvent racine dans des gestes simples, répétés inlassablement, et dans une capacité à écouter ses limites. Qu’il soit question d’un bloc exigeant ou d’une face mythique comme la Walker, la même philosophie s’applique : avancer avec engagement, lucidité… et savoir s’arrêter quand il le faut.

Une leçon de montagne, livrée au cœur de la forêt.

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