Description :
Avril 2025 restera gravé dans l’histoire de l’alpinisme moderne. Benjamin Védrines et Léo Billon viennent d’accomplir l’impensable : relier les trois grandes faces nord des Alpes en seulement cinq jours, en combinant alpinisme, vélo, ski et parapente. Cette trilogie vertigineuse les a menés de l’Eiger aux Grandes Jorasses, en passant par le légendaire Cervin. C’est justement cette deuxième étape, dans le massif du Valais, qui cristallise toute l’essence de leur projet fou : repousser les limites de l’engagement en montagne en reliant chaque sommet uniquement à la force des jambes 🏔️.
La face nord du Cervin n’est pas une paroi comme les autres. Haute de plus de 1000 mètres, elle incarne depuis près d’un siècle l’une des courses les plus redoutées des Alpes. Gravie pour la première fois en 1931 par les frères Schmid, qui avaient effectué l’aller-retour en vélo depuis Munich, cette ascension reste une référence absolue pour tout alpiniste qui se respecte. Benjamin et Léo ont choisi de suivre leurs traces, mais en ajoutant une dimension supplémentaire : enchaîner cette face mythique dans un timing ultra-serré, après l’Eiger, et avant de filer vers les Grandes Jorasses.
L’héritage des frères Schmid et la voie historique
Lorsqu’on évoque la face nord du Cervin, impossible de ne pas penser aux frères Franz et Toni Schmid. Ces deux Allemands ont marqué l’histoire de l’alpinisme en réalisant, en août 1931, la première ascension de cette paroi réputée inviolable. Leur exploit ne s’arrêtait pas à la montagne : ils avaient parcouru plus de 500 kilomètres à vélo depuis Munich pour rejoindre Zermatt, avant de grimper la face et de repartir de la même manière ✨.
Cette performance illustre parfaitement l’état d’esprit qui anime Benjamin Védrines aujourd’hui. Pour lui, l’alpinisme ne se limite pas à gravir des sommets. Il s’agit de créer une aventure complète, où chaque kilomètre compte, où chaque effort s’inscrit dans une continuité logique. En choisissant de relier les trois faces nord à vélo, à ski et en parapente, Benjamin pousse ce concept encore plus loin, transformant une simple course en une odyssée moderne qui mêle endurance, technique et sens du défi.
La voie Schmid reste aujourd’hui l’itinéraire de référence sur la face nord du Cervin. Cotée TD+ (très difficile supérieur), elle propose un parcours exigeant où se succèdent passages rocheux, sections mixtes et couloirs de glace. Les 1000 mètres de dénivelé se franchissent généralement en 8 à 12 heures pour les cordées rapides, mais les conditions peuvent rapidement compliquer la donne. Chutes de pierres, plaques de glace instables, brouillard soudain : la montagne ne pardonne aucune erreur 🔥.
Le défi de l’enchaînement en cinq jours
Ce qui rend l’entreprise de Benjamin Védrines et Léo Billon véritablement exceptionnelle, c’est le format choisi : cinq jours pour trois faces nord. Dans le monde de l’alpinisme, enchaîner ces trois parois mythiques est déjà considéré comme un exploit majeur. Mais les réaliser en moins d’une semaine, en se déplaçant uniquement à la force des jambes, relève de l’exploit sportif pur.
Après avoir conquis la face nord de l’Eiger lors du premier épisode, Benjamin et Léo ont filé vers le Valais. Le passage entre les deux massifs s’est effectué en combinant vélo de route, VTT et portions à ski de randonnée selon les terrains et l’altitude. Cette transition représente déjà un défi en soi : plusieurs dizaines de kilomètres, des dénivelés cumulés importants, et la nécessité de gérer son énergie pour arriver au pied du Cervin en état de grimper.
Le mental joue un rôle aussi crucial que le physique. Enchaîner trois grandes faces nord demande une gestion millimétrée de la récupération, de l’alimentation et du sommeil. Chaque jour compte double. Une mauvaise nuit, une crampe, une météo capricieuse, et tout le projet peut basculer. Benjamin et Léo ont préparé leur aventure pendant des mois, scrutant les bulletins météo, ajustant leur matériel, testant leurs limites. Mais sur le terrain, rien n’est jamais garanti.
L’ascension de la face nord du Cervin : un ballet vertical
Le jour J, les deux alpinistes se sont élancés depuis Zermatt dans la nuit noire. L’approche vers la face nord du Cervin se fait généralement par le refuge Hörnli, situé à 3260 mètres d’altitude. De là, il faut encore rejoindre le pied de la paroi, en traversant des pentes raides et des zones d’éboulis. Chaque mouvement doit être précis, économe, car l’effort ne fait que commencer.
Une fois au pied de la face, le spectacle est saisissant. La paroi se dresse comme une forteresse de roche et de glace, verticale, froide, impressionnante. Les premières lueurs de l’aube révèlent les lignes de la voie Schmid, serpentant entre les fissures et les couloirs. Benjamin et Léo s’encordent, vérifient leur matériel une dernière fois, et entament l’ascension 🧗♂️.
Les premières longueurs se déroulent sur du rocher délité, où chaque prise doit être testée avant d’être chargée. Puis viennent les passages mixtes, où il faut alterner entre crampons et chaussons d’escalade, entre piolets et mains nues. La concentration est maximale. Un faux pas, une pierre qui se détache, et c’est la chute assurée. Heureusement, Benjamin et Léo forment un binôme rodé, capable de grimper rapidement tout en restant vigilants.
À mi-hauteur de la face, les conditions se durcissent. Le froid mord les doigts malgré les gants, le vent souffle en rafales, et la fatigue commence à se faire sentir. Mais impossible de ralentir : dans ce type d’ascension, chaque minute compte. Plus on reste longtemps en paroi, plus les risques augmentent. Les deux hommes enchaînent les longueurs avec une régularité de métronome, grimpant en tête à tour de rôle pour partager l’effort mental.
Les défis techniques et la gestion des risques
Grimper la face nord du Cervin ne se résume pas à franchir des difficultés techniques. Il faut aussi composer avec des dangers objectifs omniprésents. Les chutes de pierres représentent le risque numéro un, surtout en journée lorsque le soleil réchauffe la paroi et délite le rocher. C’est pourquoi la plupart des ascensions se font de nuit ou très tôt le matin.
Voici les principaux dangers auxquels Benjamin et Léo ont dû faire face :
- Chutes de pierres : fréquentes l’après-midi, imprévisibles, parfois mortelles
- Conditions glaciaires : glace dure ou glace pourrie selon les températures
- Météo changeante : orages violents possibles même en plein été
- Altitude : 4478 mètres au sommet, oxygène raréfié, fatigue accrue
- Engagement : peu d’échappatoires possibles une fois lancé dans la face
La gestion de ces risques passe par une préparation minutieuse et une lecture constante de la montagne. Benjamin et Léo savent interpréter les signes : un changement de couleur dans le ciel, un bruit sourd dans la paroi, une texture de glace inhabituelle. Cette intelligence du terrain fait toute la différence entre un sommet atteint et un accident évité de justesse.
L’équipement joue également un rôle crucial. Pour cette ascension, les deux alpinistes ont opté pour du matériel ultra-léger mais robuste : casques renforcés, crampons techniques, piolets polyvalents, et un minimum de broches à glace. Chaque gramme compte quand on sait qu’il faudra ensuite pédaler ou skier pendant des heures pour rejoindre la prochaine étape 🎒.
Le sommet et la transition vers les Grandes Jorasses
Après plusieurs heures d’efforts soutenus, Benjamin et Léo atteignent enfin l’arête sommitale du Cervin. Le panorama qui s’offre à eux est grandiose : à 360 degrés, les Alpes suisses et italiennes se déploient à perte de vue. Mais pas question de s’attarder. Il faut rapidement redescendre, récupérer le matériel laissé au refuge, et préparer la transition vers les Grandes Jorasses, troisième et dernière face de cette trilogie alpine.
Cette phase de transition représente peut-être le défi le plus sous-estimé de l’aventure. Après une ascension éprouvante, les jambes sont lourdes, le corps fatigué, l’esprit saturé. Pourtant, il faut remonter sur le vélo ou chausser les skis, avaler des dizaines de kilomètres supplémentaires, franchir des cols, gérer la logistique. C’est là que la force mentale de Benjamin Védrines fait la différence : sa capacité à enchaîner les efforts sans fléchir, à rester concentré sur l’objectif final même quand tout son corps réclame du repos.
Le parapente entre également en jeu dans cette équation complexe. Selon les conditions météo et les opportunités de vol, Benjamin peut gagner de précieuses heures en survolant certaines vallées plutôt qu’en les traversant au sol. Cette dimension aérienne ajoute une couche de complexité supplémentaire, mais elle fait partie intégrante de son concept : utiliser tous les moyens de déplacement autonomes possibles, sans moteur, uniquement grâce à l’énergie humaine et aux forces naturelles 🪂.
L’esprit de l’alpinisme moderne
Ce projet porté par Benjamin Védrines et Léo Billon incarne parfaitement l’évolution de l’alpinisme ces dernières années. Fini l’époque où l’on se contentait de grimper un sommet avant de redescendre tranquillement. Les alpinistes d’aujourd’hui cherchent à repousser les frontières de l’engagement, à créer des aventures totales où chaque élément compte.
Cette approche s’inscrit dans la lignée des grandes traversées alpines, des enchaînements audacieux et des projets qui mêlent plusieurs disciplines. On pense à Kilian Jornet et ses records sur les plus hauts sommets, à Ueli Steck et ses solos vertigineux, ou encore à Liv Sansoz et son tour du Mont-Blanc intégral. Benjamin Védrines ajoute sa pierre à cet édifice en créant un format unique, où l’alpinisme devient un maillon d’une chaîne sportive bien plus vaste.
Cette vision de la montagne séduit de plus en plus d’athlètes et de passionnés. Elle répond à un besoin profond d’aventure authentique, loin des sentiers balisés et des expéditions commerciales. Elle valorise l’autonomie, la débrouillardise, la capacité à s’adapter aux imprévus. Et surtout, elle replace l’humain au centre de l’équation : pas de moteur, pas de triche, juste les jambes, le cœur et la tête 💪.
FAQ : Tout savoir sur la face nord du Cervin
Quelle est la difficulté réelle de la face nord du Cervin ?
La voie Schmid est cotée TD+ (très difficile supérieur) avec des passages de 4c en rocher et des sections de glace pouvant atteindre 65°. Elle exige une excellente maîtrise des techniques mixtes, une condition physique irréprochable et une solide expérience alpine. La plupart des cordées mettent entre 8 et 12 heures pour la gravir, mais ce temps varie fortement selon les conditions et l’engagement de la cordée.
Quel est le meilleur moment pour grimper la face nord du Cervin ?
La période la plus favorable s’étend généralement de fin juin à début septembre, lorsque la neige et la glace sont les plus stables. Les ascensions se déroulent le plus souvent de nuit ou à l’aube afin de limiter l’exposition aux chutes de pierres liées au réchauffement. Un créneau plus précoce, comme avril 2025, correspond à un engagement nettement supérieur, avec des conditions encore très hivernales.
Comment se préparer pour enchaîner plusieurs grandes faces nord ?
Un tel enchaînement nécessite des mois de préparation physique et mentale. Il faut développer une endurance exceptionnelle, une force spécifique au terrain mixte et une grande capacité de récupération. L’entraînement combine alpinisme technique, ski de randonnée, vélo longue distance et travail de l’endurance globale. La préparation mentale est essentielle pour gérer la fatigue cumulative, le stress et l’incertitude inhérente à ce type de projet.
Qui étaient les frères Schmid et pourquoi leur ascension reste-t-elle légendaire ?
Franz et Toni Schmid étaient deux frères alpinistes allemands qui ont réalisé en août 1931 la première ascension de la face nord du Cervin. Leur exploit est entré dans la légende non seulement par la difficulté de la voie, mais aussi par leur approche : ils effectuèrent l’aller-retour à vélo depuis Munich, parcourant plus de 500 kilomètres. Cette vision globale de l’aventure alpine continue d’inspirer des alpinistes contemporains.

