Face sud de la Barre des Écrins avec Benjamin Védrines

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Description :

En janvier 2023, trois alpinistes français ont gravé leur nom dans l’histoire de l’alpinisme alpin en traçant une nouvelle voie dans l’une des parois les plus intimidantes des Alpes. Nicolas Jean, Julien Cruvellier de Luze et Benjamin Védrines ont réussi l’impensable : ouvrir une ligne majeure dans la face sud de la Barre des Écrins, ce géant de 4102 mètres qui trône fièrement comme le dernier 4000 des Alpes françaises. Baptisée “De l’Or en Barre”, cette voie représente bien plus qu’une simple première : c’est une aventure technique époustouflante, deux journées d’incertitude absolue et de grimpe en mixte de haut niveau qui resteront gravées à jamais dans la mémoire de ces trois hommes. 🏔️

La face sud de la Barre des Écrins n’est pas une paroi ordinaire. Haute de plus de 1000 mètres, elle combine tous les défis de l’alpinisme hivernal : roche friable, neige instable, sections de mixte extrêmement techniques et conditions météorologiques redoutables. Cette ligne, bien que repérée depuis des années par plusieurs générations d’alpinistes, était restée vierge. Personne n’avait osé s’y frotter, et pour cause : l’engagement y est total, les échappatoires quasi inexistantes, et chaque longueur réserve son lot de surprises.

Une ligne évidente mais redoutable

Lorsqu’on observe la face sud depuis le refuge du Promontoire ou depuis le glacier Blanc, cette ligne saute aux yeux. Une fissure rectiligne qui remonte vers le sommet, presque une invitation. Mais les apparences sont trompeuses en montagne, et ce qui semble évident d’en bas se transforme souvent en cauchemar logistique une fois sur place. Les grimpeurs qui fréquentent le massif des Écrins connaissent bien cette particularité : la roche du massif, principalement constituée de gneiss, peut être capricieuse, surtout en conditions hivernales.

Le trio formé par Nicolas Jean, Julien Cruvellier de Luze et Benjamin Védrines n’était pas là par hasard. Ces trois alpinistes possédent un palmarès impressionnant dans les grandes faces alpines. Ils se connaissent, ont déjà partagé des cordées dans des conditions extrêmes, et surtout, ils partagent cette passion dévorante pour l’exploration de terrains vierges. Leur approche de l’alpinisme mêle technicité pure et engagement mental, deux qualités indispensables pour réussir une telle entreprise.

Deux jours au cœur de l’inconnu

L’ascension de “De l’Or en Barre” s’est déroulée sur deux journées intenses, chacune apportant son lot de défis et d’émotions. La première journée a consisté à pénétrer dans les entrailles de cette face imposante, à trouver les lignes de faiblesses dans un terrain complexe où la glace, la roche et la neige se mélangent dans un équilibre précaire. ✨

Le premier jour d’exploration

Dès les premières lueurs du jour, le trio s’est élancé depuis leur bivouac d’approche. Les températures avoisinaient les -15°C, idéales pour stabiliser la neige mais suffisamment froides pour rendre chaque manipulation technique plus complexe. Les premières longueurs ont rapidement donné le ton : du mixte exigeant, des placements aléatoires pour les piolets, et cette sensation permanente d’évoluer en territoire totalement inconnu.

Contrairement aux voies classiques où l’on peut s’appuyer sur des topos détaillés ou des retours d’expérience, ici, chaque mètre gagné était une découverte. Les grimpeurs devaient constamment évaluer la qualité de la roche, tester la solidité des prises de glace, et surtout, prendre des décisions engageantes sur le tracé à suivre. Une erreur d’itinéraire dans une face de cette envergure peut coûter des heures précieuses, voire compromettre toute l’ascension.

La nuit en altitude et le rush final

Après une première journée éprouvante, le trio a installé un bivouac suspendu en pleine face. Dormir à plus de 3500 mètres d’altitude, accroché à la paroi, avec le vide sous les pieds et le vent qui s’engouffre dans les vêtements, n’a rien d’une partie de plaisir. Mais c’est aussi dans ces moments d’inconfort total que se forge l’esprit d’une cordée. 🔥

Le deuxième jour a été marqué par les longueurs les plus techniques de la voie. Le trio s’est attaqué à des sections de mixte M6 et M7, cotations qui traduisent une difficulté technique extrême en alpinisme. À ces altitudes et dans ces conditions, chaque mouvement doit être calculé, chaque placement de coinceur ou de broche à glace doit être optimal. L’erreur n’a pas sa place.

Le mixte en haute altitude

L’escalade en mixte représente l’une des disciplines les plus complètes de l’alpinisme moderne. Elle combine la technique de l’escalade rocheuse avec celle de l’alpinisme sur glace, le tout dans un environnement montagnard exigeant. Sur “De l’Or en Barre”, les grimpeurs ont dû faire preuve d’une maîtrise totale de ces techniques pour progresser.

Le matériel utilisé est spécifique : piolets techniques avec lames courbées pour les placements précis, crampons avec pointes avant affûtées, et un rack complet de coinceurs, friends et broches à glace. Mais au-delà du matériel, c’est la lecture du terrain qui fait toute la différence. Savoir où placer son piolet, anticiper la qualité de la glace, identifier les zones de roche saine dans un environnement où tout semble friable : voilà ce qui distingue les alpinistes d’exception.

Les défis techniques de la voie

Plusieurs passages ont particulièrement marqué l’ascension :

  • Les fissures glacées du premier tiers : sections où la glace remplit partiellement des fissures rocheuses, créant des passages délicats où il faut alterner entre escalade et progression sur glace
  • Le ressaut rocheux à mi-hauteur : une section presque entièrement rocheuse, avec des prises souvent recouvertes d’une fine pellicule de verglas
  • Les pentes de neige instable du sommet : après les difficultés techniques, il a fallu gérer le risque avalancheux sur les pentes finales
  • L’exposition constante : sentiment de vide permanent, avec peu de possibilités de repos ou d’échappatoire

Ces caractéristiques font de “De l’Or en Barre” une voie d’engagement total, réservée à des alpinistes confirmés possédant une solide expérience de l’alpinisme hivernal en haute altitude.

Un massif des Écrins encore à explorer

Le massif des Écrins, bien que très fréquenté en été, conserve encore de nombreux secrets pour les alpinistes hivernaux. La Barre des Écrins elle-même, point culminant du massif, offre plusieurs voies d’accès, mais sa face sud reste le terrain de jeu le plus engagé et le plus technique. Avec ses 4102 mètres d’altitude, elle représente également le dernier sommet de plus de 4000 mètres avant d’atteindre les Alpes suisses ou italiennes en se dirigeant vers l’est.

Cette dimension symbolique n’a pas échappé aux trois ouvreurs de la voie. Tracer une nouvelle ligne majeure sur ce sommet emblématique, c’est s’inscrire dans l’histoire de l’alpinisme français. Des générations de grimpeurs ont foulé ces pentes, depuis les premières ascensions du XIXe siècle jusqu’aux lignes techniques modernes. “De l’Or en Barre” s’ajoute désormais à ce patrimoine exceptionnel. 🌍

L’importance du collectif en alpinisme

Si l’ascension de “De l’Or en Barre” a été possible, c’est aussi grâce au travail collectif de toute une équipe. Au-delà des trois grimpeurs en première ligne, la réalisation d’un film documentaire par Benjamin Védrines, Fabrice Cassing et Jérémie Chenal permet de partager cette aventure avec le grand public. Ces images capturent l’essence même de l’alpinisme d’exploration : l’incertitude, l’engagement physique et mental, mais aussi la beauté brute de la haute montagne hivernale.

Le cinéma de montagne joue un rôle essentiel dans la transmission de ces exploits. Il permet de faire vivre ces moments intenses à ceux qui ne grimperont jamais à ces altitudes, mais aussi d’inspirer les futures générations d’alpinistes. Les films de Benjamin Védrines, en particulier, sont reconnus pour leur authenticité et leur capacité à retranscrire l’atmosphère unique des grandes ascensions alpines.

Quand partir dans la face sud de la Barre des Écrins

Les conditions hivernales dans le massif des Écrins sont déterminantes pour ce type d’ascension. Les mois de janvier et février offrent généralement les températures les plus froides, ce qui stabilise la neige et améliore la qualité de la glace. Cependant, ces mêmes températures rendent la progression plus pénible et augmentent les risques d’engelures.

Le choix de la fenêtre météorologique est crucial. Une ascension de deux jours en face sud nécessite au minimum trois jours de beau temps stable, pour l’approche, l’ascension et la descente. Les bulletins météo spécialisés en haute montagne deviennent alors les meilleurs alliés des grimpeurs. Un changement brutal de conditions peut transformer une ascension maîtrisée en combat pour la survie.

FAQ sur l’ascension de la Barre des Écrins

Quel niveau faut-il pour tenter la voie “De l’Or en Barre” ?

Cette voie requiert un niveau d’alpinisme très élevé, avec une maîtrise confirmée du mixte au minimum M6/M7, une excellente condition physique et une grande expérience de l’alpinisme hivernal engagé. Elle s’adresse exclusivement à des alpinistes chevronnés ayant déjà réalisé plusieurs grandes courses hivernales dans les Alpes.

Quelles sont les autres voies majeures de la face sud de la Barre des Écrins ?

La face sud possède plusieurs itinéraires historiques, dont la voie normale d’été qui passe par le glacier Blanc et l’arête sud. En hiver, les couloirs Whymper et Coolidge sont également des classiques, bien que nettement moins techniques que “De l’Or en Barre”. Chaque voie présente ses propres caractéristiques et niveaux de difficulté.

Peut-on réaliser cette ascension en une journée ?

Non, “De l’Or en Barre” nécessite obligatoirement un bivouac en paroi en raison de sa longueur et de sa difficulté technique. Les 1000 mètres de dénivelée en mixte difficile, combinés à l’altitude et aux conditions hivernales, rendent impossible une ascension en style alpin rapide pour la grande majorité des cordées.

Quelle est la meilleure période pour grimper dans le massif des Écrins en hiver ?

Les mois de janvier à mars offrent les meilleures conditions, avec une préférence pour janvier-février quand les températures sont les plus froides et stabilisent le manteau neigeux. Il faut cependant surveiller attentivement les conditions d’enneigement et les risques d’avalanche, particulièrement après les chutes de neige importantes.

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