Randonnée silencieuse dans l’Himalaya pendant 16 jours

Randonnée silencieuse dans l’Himalaya pendant 16 jours

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Description :

Il existe des voyages qui ne cherchent pas à être expliqués. Ils se vivent lentement, pas après pas, souffle après souffle. Au printemps 2023, entre mars et avril, j’ai entrepris l’un des treks les plus exigeants et majestueux du Népal : le Three Passes Trek, une traversée de l’Himalaya en 16 jours, au cœur de paysages bruts, minéraux et silencieux.

Cette aventure n’est pas seulement une randonnée. C’est une immersion totale dans l’altitude, le froid, la lenteur et la grandeur. Un voyage intérieur autant qu’un défi physique. Le film qui en résulte est volontairement sans dialogue, laissant toute la place aux sons du vent, des pas sur la neige, du silence.


Kathmandu : le chaos avant le calme

Tout commence à Kathmandu, ville vibrante, dense, bruyante, presque écrasante. Les klaxons, les odeurs, les couleurs, les regards. C’est le dernier contact prolongé avec la civilisation avant de s’enfoncer dans un monde où chaque objet a un poids, chaque geste une importance.

Rapidement, l’excitation se mêle à une certaine appréhension. Devant moi, des sommets mythiques, des cols à plus de 5 000 mètres, et seize jours de marche. À mes côtés, un guide et un porteur de Himalayan Glacier, compagnons essentiels de cette aventure.


Vol vers Lukla : la porte de l’Himalaya

Le vol entre Kathmandu et Lukla (2 860 m) est une expérience à part entière. Une piste courte, accrochée à la montagne, souvent citée parmi les plus impressionnantes du monde. En quelques minutes, le décor change radicalement : les routes disparaissent, remplacées par des sentiers, des vallées profondes et des villages suspendus.

La première nuit se passe à Phakding (2 610 m). Le corps commence à comprendre que quelque chose a changé. Le rythme ralentit. Le souffle devient plus conscient.


Namche Bazaar : s’acclimater au vide

Le deuxième jour nous mène à Namche Bazaar (3 440 m), véritable carrefour de l’Everest. Le sentier serpente entre forêts de pins, ponts suspendus et premières vues sur les sommets enneigés.

Une journée entière est consacrée à l’acclimatation. Ici, on apprend à écouter son corps. À accepter que la montagne impose ses règles. Le lever de soleil sur Namche est un moment suspendu : les premières lumières frappent les sommets pendant que le village s’éveille lentement.


Tengboche : spiritualité et silence

La marche vers le monastère de Tengboche (3 870 m) marque un tournant. Le paysage devient plus ouvert, plus austère. Le monastère, posé face à l’Ama Dablam, dégage une sérénité presque irréelle.

Cette nuit-là, nous campions à l’état sauvage. Le silence est total, seulement troublé par le vent et les drapeaux de prières. C’est ici que le trek commence réellement à devenir introspectif.


Dingboche : neige et altitude

À Dingboche (4 360 m), l’environnement devient minéral. Les arbres ont disparu. La neige tombe pendant la nuit, recouvrant le paysage d’un voile blanc. Le froid est plus mordant, les gestes plus lents.

Le lendemain, une randonnée d’acclimatation nous mène à Nangkartshang Peak (5 083 m). Premier contact sérieux avec l’altitude. Chaque pas demande un effort conscient.


Chukhung : anniversaire en altitude

Le jour suivant est particulier : c’est mon anniversaire. Nous marchons jusqu’à Chukhung (4 730 m), puis grimpons jusqu’à Chukhung Ri (5 559 m) pour une nouvelle acclimatation.

Fêter son anniversaire à plus de 5 500 mètres, entouré de silence et de sommets, remet beaucoup de choses en perspective. Il n’y a pas de gâteau, pas de bougies. Seulement la montagne, immense et indifférente, et une profonde gratitude d’être là.


Kongma La Pass : le premier col

Le Kongma La Pass (5 535 m) est le premier des trois grands défis. La traversée est longue, froide, exigeante. Nous franchissons ensuite le glacier du Khumbu, le plus haut glacier du monde.

Le soir, Lobuche (4 940 m) offre un refuge précaire mais bienvenu. Le corps est fatigué, l’esprit concentré.


Everest Base Camp et Kalapatthar : face au mythe

Le neuvième jour, nous atteignons Gorak Shep (5 140 m), le point de nuit le plus élevé du trek. De là, une marche mène à Everest Base Camp (5 364 m). Le lieu est mythique, mais étonnamment sobre, presque brut.

Le lendemain, avant l’aube, l’ascension de Kalapatthar (5 644 m) offre un spectacle inoubliable : le soleil se lève derrière le toit du monde. La lumière embrase l’Everest. Le vent est glacial. Le moment, irréel.


Cho La Pass et Gokyo : glaciers et lacs sacrés

Le Cho La Pass (5 420 m) est technique, glissant, engagé. Il mène vers la vallée de Gokyo, en traversant le glacier de Ngozumpa, le plus long de l’Himalaya (36 km).

La nuit au Fitzroy Inn, face au troisième lac de Gokyo, est l’une des plus paisibles du trek. Le reflet des montagnes dans l’eau turquoise est hypnotique.


Gokyo Ri : la nuit la plus haute

L’ascension de Gokyo Ri (5 357 m) est récompensée par une vue exceptionnelle sur quatre sommets à plus de 8 000 mètres, dont l’Everest. Cette nuit-là, nous campons en altitude.

C’est la nuit la plus haute que j’aie jamais passée. Le ciel est d’une clarté absolue. Le silence est presque assourdissant.


Renjo La Pass et retour vers Namche

Le dernier col, Renjo La Pass (5 360 m), est traversé dans une atmosphère presque méditative. La descente mène au village de Marlung (4 210 m), puis progressivement vers des altitudes plus familières.

Le quinzième jour, retour à Namche Bazaar, puis dernière marche jusqu’à Lukla, là où tout avait commencé.


Un film sans mots

Ce voyage a donné naissance à un film ambiant, sans dialogue. Un choix délibéré. Parce que certains paysages n’ont pas besoin d’être commentés. Parce que le silence fait partie intégrante de l’Himalaya.

Chaque image, chaque plan, chaque respiration raconte ce que les mots peinent parfois à traduire : la petitesse de l’humain face à l’immensité, et la beauté brute du monde lorsqu’on accepte de ralentir.


Parfois, la plus grande aventure consiste simplement à marcher… et à écouter le silence.

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