Description :
Il y a des aventures qui commencent par un pas. D’autres par un silence.
Celle-ci a commencé par les deux.
Pendant un mois, j’ai marché seul dans le Sahara marocain, loin des routes, loin des repères habituels, avec pour seule compagne ma charrette d’expédition. Une traversée à pied, en autonomie totale, où chaque jour était une négociation avec le désert, le corps et l’esprit.
Ce texte raconte le dernier épisode de cette aventure. Celui où l’horizon se rapproche, où la fatigue devient lourde, mais où le sens de l’épreuve se révèle pleinement.
Marcher hors sentiers : le désert à l’état brut
Les derniers jours avant Foum Zguid ont été parmi les plus exigeants.
J’avais quitté depuis longtemps toute piste identifiable. Plus de traces de pneus, plus de villages, plus de points fixes rassurants sur la carte. Juste des plateaux pierreux, des oueds asséchés, des zones de sable mou où chaque pas coûtait plus d’énergie que le précédent.
Marcher hors sentiers dans le Sahara, ce n’est pas seulement avancer sans route.
C’est accepter de ne plus être guidé par autre chose que ses choix, son orientation et son ressenti.
Chaque jour commençait de la même façon :
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lever du soleil,
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vérification du matériel,
-
calcul de l’eau restante,
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estimation de la distance possible avant la prochaine pause.
Puis la marche. Longue. Silencieuse. Répétitive.
Le corps marqué, mais encore debout
À ce stade de la traversée, la fatigue ne disparaît plus après une nuit de repos. Elle s’installe. Elle devient permanente.
Les épaules tiraient sous l’effort de traction de la charrette.
Les pieds étaient marqués par les frottements, les ampoules, les micro-blessures.
Le dos rappelait chaque jour les kilomètres déjà parcourus.
Mais le corps est une machine étonnante.
Il s’adapte. Il encaisse. Il trouve un rythme minimal pour continuer.
Mentalement, les derniers kilomètres sont parfois les plus durs.
Parce que l’objectif est proche, mais pas encore atteint.
Parce que l’on commence à se projeter hors du désert alors qu’on y est toujours.
Approcher Foum Zguid : quand l’horizon change
Puis, presque imperceptiblement, quelque chose a changé.
Le relief.
La couleur du sol.
La sensation d’être à nouveau « relié » au monde.
Foum Zguid approchait.
Ce n’était pas une arrivée spectaculaire. Pas de ligne tracée au sol.
Mais intérieurement, je savais que cette traversée touchait à sa fin.
Chaque pas devenait plus chargé de sens.
Chaque regard en arrière mesurait le chemin parcouru.
Retrouvailles dans le désert : Lolo et Alex
Sur les derniers kilomètres, le désert m’a offert un cadeau inattendu :
la présence humaine.
J’ai retrouvé mes amis Lolo et Alex – @overlandeurs, en pleine traversée de l’Afrique en 4×4. Après des semaines de solitude, ces retrouvailles avaient quelque chose d’irréel.
Partager quelques kilomètres ensemble, échanger des regards complices, rire de la poussière, de la fatigue, de l’absurdité parfois magnifique de ces projets hors normes…
C’était comme refermer une parenthèse.
Ensemble, nous avons franchi symboliquement la ligne d’arrivée de ce test grandeur nature.
Bien plus qu’un voyage : un test décisif
Cette aventure n’était pas seulement une traversée du Sahara marocain.
C’était un test. Un test physique, logistique, mental.
Car au-delà de cette expérience se profile un projet encore plus ambitieux :
La Trace du Serpent
3 200 kilomètres à pied à travers les déserts australiens.
Un défi immense, où l’autonomie, la gestion de l’effort, la solitude et la résilience seront poussées bien plus loin encore.
Le Sahara marocain a été un laboratoire grandeur nature :
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validation du matériel,
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confirmation de la capacité à durer,
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confrontation réelle à l’isolement,
-
apprentissage de la lenteur et de l’humilité.
Ce que le désert enseigne
Le désert ne donne pas de réponses immédiates.
Il pose des questions, encore et encore.
Pourquoi avancer ?
Jusqu’où aller ?
Qu’est-ce qui est vraiment nécessaire ?
Après un mois seul dans le Sahara, je repars avec moins de certitudes, mais avec une confiance plus profonde. Celle qui ne repose pas sur l’euphorie, mais sur l’expérience vécue, pas après pas.
Fin d’une traversée, début d’une autre
Arriver à Foum Zguid n’était pas une fin.
C’était une transition.
Le désert marocain s’est refermé derrière moi, mais il a laissé une trace durable. Une préparation mentale et physique pour ce qui m’attend en Australie.
La Trace du Serpent n’est plus une idée abstraite.
Elle est désormais ancrée dans le réel.
Et si cette traversée m’a appris une chose, c’est que marcher seul n’est jamais vraiment être seul. Le désert observe. Il éprouve. Et parfois, il valide.
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Très bonne idée de s’entraîner au Maroc pour son projet de traversée en Australie ….