Description :
À l’heure où chaque sommet devient un décor Instagram et chaque ascension un contenu calibré pour les réseaux sociaux, Jirishanca prend le contrepied total de la tendance. Ce film de 31 minutes, produit par Patagonia, raconte bien plus qu’un exploit alpin : il dresse le portrait rare et profondément humain de deux grimpeurs d’exception, loin des projecteurs, unis par une même vision de la montagne.
Deux alpinistes à contre-courant de leur époque
Josh Wharton n’a ni smartphone, ni compte Instagram, ni page Facebook. Il n’existe presque pas dans l’espace numérique. Et pourtant, dans le monde de l’alpinisme, son nom inspire un respect immense. Josh grimpe pour une seule raison : la passion. Pas pour la reconnaissance, encore moins pour la mise en scène de ses exploits. La montagne n’est pas pour lui un terrain de communication, mais un espace intime, exigeant, presque sacré.
Cette philosophie « à l’ancienne », il la partage avec son compagnon de cordée, Vince Anderson. À 52 ans, amateur de heavy metal et figure culte de l’alpinisme engagé, Vince a déjà marqué l’histoire en recevant le Piolet d’Or en 2005 pour son ascension magistrale du Nanga Parbat par la face Rupal, aux côtés de Steve House. Deux hommes, deux pères de famille, deux trajectoires marquées par l’humilité, la rigueur et une quête de sens qui dépasse largement la performance brute.
Le Jirishanca, montagne mythique et redoutable
C’est au cœur de la Cordillère Huayhuash, au Pérou, que se dresse le Jirishanca, un sommet de 6 094 mètres aussi majestueux qu’intimidant. Sa face nord, austère et verticale, est depuis longtemps un fantasme pour les alpinistes les plus aguerris. Parmi les lignes possibles, une voie attire particulièrement l’attention : Suerte.
Ce projet, Josh Wharton et Vince Anderson le mûrissent pendant plusieurs années. Une obsession patiente, nourrie d’échecs, de tentatives avortées et de retours prudents. Rien de spectaculaire à raconter, rien à publier. Juste le temps long de l’engagement, celui que seule la haute montagne impose.
Une ascension d’exception, en silence
En juillet 2022, à respectivement 42 et 52 ans, les deux alpinistes réalisent ce que beaucoup considèrent comme l’une des ascensions les plus techniques de l’année : la première intégrale et en libre de la voie Suerte sur le Jirishanca. Un exploit majeur, tant par la difficulté que par l’engagement requis, dans un environnement hostile où chaque erreur peut être fatale.
Mais dans Jirishanca, l’ascension elle-même n’est jamais glorifiée de manière excessive. Le film évite soigneusement la surenchère héroïque. Il montre la fatigue, le doute, la lenteur, la répétition des gestes, l’attention permanente portée à l’autre. Loin de la conquête, on assiste à une forme de dialogue avec la montagne, respectueux et lucide.
Un film sur l’alpinisme, mais surtout sur l’humain
Ce qui rend Jirishanca si puissant, c’est qu’il dépasse largement le cadre du film de montagne. Il ne s’agit pas seulement de savoir comment Josh et Vince ont réussi cette ascension, mais pourquoi ils continuent à grimper ainsi, à ce stade de leur vie.
Le film explore leur rapport au risque, à la paternité, au temps qui passe. Comment concilier une pratique aussi engagée avec la responsabilité d’être père ? Comment continuer à chercher la difficulté sans tomber dans l’ego ou la fuite en avant ? Ces questions, posées avec sobriété, donnent au film une profondeur rare.
Une leçon de discrétion et d’authenticité
Dans un monde où l’alpinisme devient parfois un spectacle, Jirishanca rappelle que certaines des plus grandes réalisations se font dans l’ombre. Sans sponsor tapageur, sans storytelling forcé, sans quête de validation extérieure. Josh Wharton et Vince Anderson incarnent une forme d’élégance presque oubliée : celle de l’engagement sincère, du respect de la montagne et de la fidélité à ses valeurs.
Ce film n’est pas seulement un hommage à une ascension exceptionnelle. C’est une ode à une autre manière d’être alpiniste — plus silencieuse, plus exigeante, et infiniment plus inspirante.

